N°1 - Octobre 1999
Jacques Mestre
Doyen de la faculté de Droit


Jacques Mestre, vous venez d'être élu doyen de la faculté de droit. Avez-vous un projet qui vous tienne particulièrement à coeur, une sorte de cheval de bataille ?

Mon principal cheval de bataille sera de faciliter les débouchés professionnels des étudiants, parce qu' au cours de cette campagne qui a précédé les élections j'ai été très touché par l'attente des étudiants. Je souhaite donc répondre à la confiance qu'ils m'ont accordé à travers leurs
représentants. J'essaierai donc à titre principal de développer l'insertion professionnelle ; ce qui passe par l'obtention de stages, ce qui passe par les filières professionnalisantes, ce qui passe par de bonnes relations avec les milieux des entreprises, des professions libérales,
des professions publiques aussi, parce qu'il y a de plus en plus de gisements d'emplois dans les collectivités locales par exemple. Ce sera mon cheval de bataille principal.

Que pensez-vous de la réforme ? Faut-il corriger certains points du règlement ?


C'est une vaste question. Je l'ai jusqu'à présent vécue comme un enseignant de base, un enseignant en licence et en maîtrise, donc j'en ai vu peut-être principalement certains inconvénients. La difficulté par exemple de lire les résultats, le problème de délibération, le fractionnement des enseignements qui fait qu'il est difficile lors de la délibération d'appréhender globalement la situation de l'étudiant. J'ai surtout découvert un peu ses inconvénients mais je pense aussi qu'il y a un certain nombre d'avantages qui s'attachent à elle, par exemple la possibilité du tutorat, des stages en entreprise bien avant le troisième cycle, le développement des langues. Je crois aussi qu'elle permet des innovations pédagogiques, de créer des modules innovants, qui ne sont peut-être pas des modules strictement juridiques, je pense à des modules de gestion, de connaissance de l'entreprise, de rédaction des actes ; j'évoquais tout à l'heure les problèmes d'insertion professionnelle, les professionnels nous disent souvent que les étudiants que nous formons ne savent pas bien rédiger, qu'ils ne sont pas opérationnels sur ce point. Je pense qu'il faut peut-être envisager des enseignements de ce type. Mon souhait à cet égard serait finalement de faire un peu une toilette de la réforme aux vues d'un premier bilan d'application. Dans cette optique je vais d'ailleurs prochainement mettre sur pied une commission qui fera l'inventaire des difficultés et qui fera des propositions.
Donc faire une toilette de la réforme mais aussi mieux utiliser ce qu'elle peut avoir de positif pour les étudiants. Le personnel de la BU se plaint de ne pouvoir effectuer un service de qualité de 8h à 9h. Il semble plutôt mécontent de n'être restreint qu'à surveiller les étudiants dans cette tranche horaire, faute d'effectif suffisant. Il est clair que les problèmes de documentation sont des problèmes essentiels, beaucoup a été fait sur ce terrain
sous la direction de M.Roda qui est un conservateur général très dynamique. Il s'agit naturellement de fortifier les acquis qui sont déjà importants. Je sais que les étudiants souhaiteraient avoir des horaires plus importants, à l'image de ce qui se fait dans certaines universités étrangères où il arrive même parfois que la bibliothèque soit ouverte la nuit. Je ne sais pas si les étudiants Aixois sont très désireux de passer leurs nuits sur les ouvrages de droit. Mais en toute hypothèse aspirent-ils à avoir des journées plus longues, donc sur ce terrain là-aussi je rencontrerai M. Roda pour essayer d'améliorer la situation. Ce qui passe naturellement par un accroissement du personnel administratif.

Avez-vous un message particulier à adresser aux étudiants en droit ?

Qu'ils aient confiance. Confiance dans le droit et dans les études qu'ils font. On dit souvent aujourd'hui que les temps sont difficiles, que le marché de l'emploi est serré. Et on compare cette situation avec celle d'il y a 25 ou 30 ans, en ayant l'air de dire que la situation ancienne était bien meilleure. Ce que je voudrais dire aux étudiants c'est que même à l'époque où j'étais à leur place, les débouchés n'étaient pas aussi faciles qu'on le dit parfois, que là aussi il fallait finalement se battre. Donc à cet égard les temps ne sont pas quand même si dramatiques ; en revanche, et ça c'est positif pour ceux d'aujourd'hui, le droit offre des perspectives qu'il y a 30 ans il n'offrait pas. A mon époque, un directeur juridique d'entreprise était quelqu'un qui restait très subordonné au directeur de l'entreprise, mais même en deçà du directeur financier ou du directeur des ressources humaines. Aujourd'hui, la fonction de directeur juridique d'entreprise est une fonction de toute première importance qui est très étroitement associée à la gestion générale de l'entreprise, avec des perspectives de valorisations, y compris sur le plan du salaire, qui sont considérables. Donc c'est de dire aux étudiants : aujourd'hui, le droit peut vous offrir des débouchés de toute première importance, de tout premier intérêt ; à vous, de savoir, avec notre aide, saisir ces opportunités.