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Autriche
et Union Européenne
Nous avons
tous entendu parler ces derniers temps des événements qui
se sont produits au niveau de la vie politique Autrichienne. Il nous faut
essayer de les comprendre et de s'interroger sur leur véritable
portée dans le monde des 15.Plus précisément, est-ce
que la prise de pouvoir de Jörg Haider en Autriche aura un impact
sur le bon fonctionnement des mécanismes communautaires ? Pour
cela il faut s'intéresser à deux grands articles du Traité
d'Amsterdam concernant le respect des droits de l'homme et les sanctions
qui pourraient être fulminées aux éventuels contrevenants.
Il s'agit des articles 6 et 7 (ex art. F et art.F.1) : Article 6 (ex-article
F) :
1. L'Union est fondée sur les principes de la liberté, de
la démocratie, du respect des droits de l'homme et des libertés
fondamentales, ainsi que de l'État de droit, principes qui sont
communs aux États membres.
2. L'Union respecte les droits fondamentaux, tels qu'ils sont garantis
par la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme
et des libertés fondamentales, signée à Rome le 4
novembre 1950, et tels qu'ils résultent des traditions constitutionnelles
communes aux États membres, en tant que principes généraux
du droit communautaire.
3. L'Union respecte l'identité nationale de ses États membres.
4. L'Union se dote des moyens nécessaires pour atteindre ses objectifs
et pour mener à bien ses politiques.
Article 7 (ex-article F.1) :
1. Le Conseil, réuni au niveau des chefs d'État ou de gouvernement
et statuant à l'unanimité sur proposition d'un tiers des
États membres ou de la Commission et après avis conforme
du Parlement européen, peut constater l'existence d'une violation
grave et persistante par un État membre de principes énoncés
à l'article 6, paragraphe 1, après avoir invité le
gouvernement de cet État membre à présenter toute
observation en la matière.
2. Lorsqu'une telle constatation a été faite, le Conseil,
statuant à la majorité qualifiée, peut décider
de suspendre certains des droits découlant de l'application du
présent traité à l'État membre en question,
y compris les droits de vote du représentant du gouvernement de
cet État membre au sein du Conseil. Ce faisant, le Conseil tient
compte des conséquences éventuelles d'une telle suspension
sur les droits et obligations des personnes physiques et morales. Les
obligations qui incombent à l'État membre en question au
titre du présent traité restent en tout état de cause
contraignantes pour cet État.
Rappelons tout d'abord la prise de pouvoir du parti de Jörg Haider
(le FPÖ) : le 3 octobre 1999 aux élections législatives,
le FPÖ obtient 26,91% des voix ; le 1° février, à
la suite de nombreuses négociations, le parti conservateur au pouvoir
annonce la conclusion d'un pacte de gouvernement malgré des appels
à la vigilance lancés en Europe et en Israël. Le gouvernement
se forme avec de nombreux ministres caractérisés par des
origines politiques plutôt douteuses. Le 4 février les quatorze
autres Etats-membres de l'Union Européenne suspendent leurs relations
bilatérales avec Vienne. On peut alors se demander si cette déclaration
enfreint le droit européen ? Le droit, non, mais elle porte assurément
atteinte à l'esprit de
l'Union. Outre le simple gèle des relations diplomatiques, est
ce que les mécanismes de sanctions communautaires énoncés
dans l'article 7 du Traité d'Amsterdam sont réellement garants
des libertés fondamentales de l'Union Européenne ?
Peuvent-ils être utilisés dans notre cas d'espèce
? Les réactions des différents Etats membres sont plutôt
mitigées, en effet certains comme le Danemark ou la Suisse sont
contre toute intervention de l'Union et parlent d'ingérence ; d'autres
restent intransigeants. Certains pensent que l'article 7 n'a pas vocation
à s'appliquer ici puisqu'il s'agit d'un gouvernement en formation.
Dernièrement, Jörg Haider a démissionné du FPÖ.
On peut se demander pourquoi une telle décision ? Certainement
une tactique politique visant l'accession à la chancellerie, mais
peut-être aussi afin de calmer le jeu dangereux de la provocation,
et nous
pouvons penser que Jörg Haider a en fait pris conscience de la réalité
politico-juridique de l'Union Européenne et craint-il l'application
de notre fameux article 7, et donc l'isolement politique de l'Autriche
au sein de l'Union ? Enfin plus personnellement, je reste perplexe vis
à vis de l'impact réelle de l'Union face à la montée
en Europe d'un mouvement d'extrême-droite, n'oublions jamais le
sinistre passé de l'Europe, et faisons en sorte que la célèbre
expression "l'Histoire est un éternel recommencement"
ne soit pas vérifiée.
Johan Saada,
avec l'aimable participation de David Pelletier
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